jeudi 14 février 2019

> Le poème du jeudi (#92)




LES GARDIENS

Les gardiens préposés à notre surveillance
Sont de braves gars. De sang paysan,
Arrachés à la sécurité des villages
Et plongés dans un monde étranger, incompréhensible.


Ils ne parlent guère. Seuls leurs yeux posent
Parfois une question muette, comme s’ils voulaient savoir
Ce que devraient toujours ignorer leurs cœurs
Accablés par le lourd destin de leur pays natal.


Ils viennent des régions orientales
Du Danube, que la guerre a déjà dévastées.
Leur lignée est morte, leur patrimoine anéanti.


Peut-être attendent-ils encore un signe de vie.
Ils font en silence leur service. Prisonniers – eux aussi.
Le comprendront-ils ? Demain ? Plus tard ? Jamais ?


/


Albrecht Haushofer, in Sonnets de la prison de Moabit (1944-1945). Éditions de la Coopérative, 2019.Traduit de l’allemand par Jean-Yves Masson.

jeudi 7 février 2019

> Le poème du jeudi (#91)




Quelles tristes confidences peut-il bien faire à la méduse
Le concombre de mer ?

/


Kuroyanagi Shôha (1727-1771), in Poèmes de tous les jours, Une anthologie proposée et commentée par Ôoka Makoto. Philippe Picquier, 1995. Traduit du japonais par Yves-Marie Allioux.

jeudi 31 janvier 2019

Le poème du jeudi (#90)




Je voyage pour trouver plus loin
autre chose peut-être
Pour croire encore aux anges
Je me cherche moi-même et ne trouve que le hasard


Dans la mer aux mille visages
j’ancre mon espérance
Comme si je ne devais jamais mourir

/

Michèle Voltaire Marcelin, in Anthologie de poésie haïtienne contemporaine. Points, 2015.

jeudi 24 janvier 2019

> Le poème du jeudi (#89)




Ce matin le soleil
étonné de comment c’est arrivé


Trop d’écrits encombrent


Je m’en suis allée
sans donner d’explications


renouer avec mon chemin de broussailles
à peine deux ou trois mots sur le dos

/

Jasmine Viguier, in Duos – 118 jeunes poètes né de langue française né€s à partir de 1970. Anthologie dirigée par Lydia Padellec, Bachachanales N°59, Revue de la Maison de la poésie Rhône-Alpes.

jeudi 17 janvier 2019

> Le poème du jeudi (#88)




Retenue


C’est un cerveau
Abandonné sur la table
Indemne

Un cœur
Lui aussi indemne

Et un corps
A deux mètres de tes mains

Profondément blessé


/

Vaïa Kalfa, in Choses simples / La revue de belles-lettres, 2018, 2. Traduit du grec par Jean-Daniel Murith, avec la collaboration de José-Flore Tappy.