jeudi 17 août 2017

> Le poème du jeudi (#14)





LE GESTE, c’est celui répétitif qui rend supportable le quotidien. La déperdition de la réalité qu’il favorise. Comme si elle était vue à travers un sac plastique. Celui qui aide à réfuler la respiration lors d’une crise d’angoisse. Le geste, c’est non loin de la « ligne d’erre » de l’autiste, le trajet qu’il emprunte sans jamais varier ou dont les variations sont les assonances de certains points du trajet. Espace/temps réduit à une formule : pour l’un « luécriviu », pour l’autre, « bain, saké, sieste ».



Jacques Sicard, Abécédaire, Éditions La Barque, 2014.

jeudi 10 août 2017

> Le poème du jeudi (#13)


LA MITRAILLE NE TIENT PAS DANS LA MAIN

Il y avait cette femme
entre deux boulots
qui buvait
du lait
d'amande
ou du jus de lychee
qu'elle se payait
pour entamer ses allocs.

Après des bouts
de facture
des morceaux de crédits
des bons de réduc'
et des tickets resto
- elle n'avait pas
d'éconocroques -
il lui restait
juste une poignée
en centimes d'euros
qu'elle glissait
dans la main
d'un gigolo
pour qu'il l'écoute
ronfler
une main
posée
sur son froc.


Anna de Sandre, Un régal d'herbes mouillées, Les Carnets du Dessert de Lune, 2012.







jeudi 3 août 2017

> Le poème du jeudi (#12)




NOUS LES AFFAMÉS

Comme c’est enfant d’avoir le front joyeux !
Je te défie amer, de me laisser malmener ta peine.
Te tirer la moelle, redresser tes pâles gémissements.
Nous reviendrons calmes, avec le souffle planant sur notre
   bouche, avec des poignées de sexe et de folie.
Nous reviendrons affamés.


Miguel Ángel Bustos
In Archipel du tremblement (Anthologie). Traduit de l’espagnol par Stéphane Chaumet.
Al Manar, 2015.