jeudi 12 juillet 2018

Le poème du jeudi (#61)



L’endroit


L’endroit où les poules enfarinées
s’installaient pour pondre les œufs du petit-déjeuner
et où elles faisaient frire leurs crêtes couleur de bacon au soleil
a disparu.

Vous connaissez cet endroit —
dans la haie d’aubépines
près de l’arbre en clayon
près du chemin de fer.

Je ne me rappelle pas ces choses
— elles se souviennent de moi,
non pas comme d’un enfant ou d’une femme
mais comme de leur ultime prétexte
à s’attarder, à ne pas mourir tout à fait.

/

Janet Frame, In Douze poèmes, La Revue de Belles-Lettres, 2017, N°2. Traduit de l’anglais (Nouvelle Zélande) par Paol Keineg.


vendredi 6 juillet 2018

Poème du jeudi (#60)



Éternité

A l’ombre du citronnier
Une table se dresse
Au retour de la plage.


La limonade
A la saveur vanillée
De l’enfance.


Comment peuvent-ils mourir
Ceux qui s’endorment chaque soir
Sous un jasmin à Sidi Bou ?

/
 
Moëz Majed, in Duos, 118 jeunes poètes né€s à partir de 1970. Anthologie dirigée par Lydia Padellec. Bacchanales N°50. 2018.



jeudi 28 juin 2018

> Le poème du jeudi (#59)




Joyeusement
je m’enfile
dans le chas
dans le chas
du col moussu de
l’aiguille
fine mouche
bourdonnant
au pli
de la bouche
ouverte
ton haleine
mon amour
ton haleine

/

Eugène Savitzkaya, in À la cyprine. Édition de Minuit, 2015.

jeudi 21 juin 2018

> Le poème du jeudi (#58)




Va

je ne te retiens
pas

je ne retiens pas
les choses
ne retiens rien
d’ailleurs

ni ce qu’il faut faire
ni les noms
ni la liste de course
d’ailleurs

ni la liste de course
ni un baiser
ici
posé sur mon cou

les choses écrites au ciel
je crois
les nuages
ne retiennent rien non plus

/

Elsa Hieramente, Passe en caisse. Gros textes. 2018.



jeudi 14 juin 2018

> Le poème du jeudi (#57)



Dans la nasse des jours
je jette une nouvelle nasse
et j’y retrouve
les nasses des autres jours.
Dans chacune il y a encore des nasses -
celles des jours anciens.


A la pêche,
je n’attrape que des nasses.

/

Sanda Voïca, in Trajectoire déroutée.  Lanskine, 2018.

jeudi 7 juin 2018

> Le poème du jeudi (#56)



Un de ces jours
ces blagues passeront
et tout cela
cette farce
cette bimbeloterie
les marionnettes sales
les clowns
auront été la vie.

/

Idea Vilariño, in Ultime Anthologie. La Barque. Traduit de l’espagnol (Uruguay) par Eric Sarner.