jeudi 23 janvier 2020

> Le poème du jeudi (#141)




Sorte de désert. Pour les vivants, pas de forme. Nous ressemblons à cette image que nous nous sommes donnée de la mort.


/


Agnès Rouzier, in Non, rien. Éditions Seghers/Laffont, 1974.

jeudi 16 janvier 2020

> Le poème du jeudi (#140)




Se réveiller quand même
avec la vision sonore
d’une demeure sans
chagrin, sans tache
indélébile, une demeure
qui aurait à peine vécu
où on aurait à peine su
babiller

se réveiller

/

Sabine Huynh, in Kvar Lo. Æncrages & CO, 2016.

jeudi 9 janvier 2020

> Le poème du jeudi (#139)




Planète plate (extrait)

La planète plate est une planète volante et mouvante et congruente. La planète plate est une sorte de perfection perfectible. Un rêve qui rêve à l’intérieur d’un rêve. Une platitude émancipatrice. Un rire au-delà des réunions du rire. La planète plate est un mystère qui s’étire et s’endort souvent. La planète plate est une respiration au milieu des étoiles.


/

Fabrice Caravaca, in Revue Catastrophes. Le corridor bleu, 2018.

jeudi 2 janvier 2020

> Le poème du jeudi (#138)




J’ai encore tiré à l’arc-en-ciel.
Un coup pour rien.
Un coup pour toutes les couleurs.

/

Anne-Emilie Philippe, in Matins  - Livre à toaster le matin, imprimé en sérigraphie, février 2019, 50 exemplaires (Poésie thermotactile et apparitionnelle. Petit recueil vierge à passer au toaster, thermostat 1, pour révélation du texte. Expérience concluante, réalisée le 31 décembre 2019, un peu avant minuit).

jeudi 26 décembre 2019

> Le poème du jeudi (#137)



Ils se moquaient tout le temps de moi
parce que je n’avais pas de cartable
portais des vêtements usagés
m’endormais pendant les cours
parce que mon père ne priait pas
et la maison que nous habitions était petite et lugubre
parce qu’une fois aussi j’ai dessiné
sur le dos de ma mère une fenêtre
qui donnait sur nulle part

.../...

La mort nous menace chaque jour
et jusqu’ici nous n’avons rien commencé
ainsi sommes-nous depuis l’enfance
pas une fois je n’ai vu entre tes mains autre chose
qu’une poupée sans jambes
tu m’auras vu tant de fois
tirant des pierres sur mon cerf-volant
pendu aux câbles électriques
j’aurais tant aimé dessiner des cœurs
avec la buée
quand tu étais face à moi à la maison
une fenêtre nous séparait
mais nos fenêtres n’avaient plus de vitres

/

Ali Thareb, in « Un homme avec une mouche dans la bouche » (extraits), Revu N°6 (La Faille), mars 2019. Traduit de l’arabe (Irak) par Souad Labbize.




jeudi 19 décembre 2019

> Le poème du jeudi (#136)




**

Pas de langue à délier
De foule à convoquer
Pas d’abri abritant
Quelques point perdus
Suspendus
Pas de langue couramment
Au ciel articulée
Reste au sol
Seul
Un corps dessaisi
De son propre mouvement

**

/

Marine Gross, in Festival Permanent des Mots, juillet 2016.