jeudi 11 octobre 2018

> Le poème du jeudi (#74)



Dans l’ancien lavoir

La robe que portait la demoiselle
quelques jours avant la guerre
ne ressemblait pas à celle qu’elle portait
après la guerre. E c’était la même.
Je l’ai plongée dans le bassin du lavoir.
Je l’ai inondée de savons parfumés.
Je l’ai faite tourner dans l’eau
exhalant sa vapeur en soupirs vers le plafond.
Je suis arrivé à l’étouffer de soins et d’amour,
la demoiselle. Pas la robe.

/

Dinu Flamand, in Poèmes en apnée. La Différence 2012. Traduit du roumain par Pierre Drogi.

jeudi 4 octobre 2018

> Le poème du jeudi (#73)




elle a dit aimer

voulu savoir pour lui

a dit aussi aimer comment il suce
que cela la mouille

que c’est bon
mouiller
c’est à elle
à moi

personne ne peut comprendre
comment c’est dans son corps
quand elle mouille
dedans
et coule

avec sa voix
ses mots

elle voudrait pourtant lui faire connaître
tout lui dire de ce que cela dit
avec sa tête à lui
dedans
pour mieux entendre
cette voix
et aucune
et rien d’autre

/

Julien Bosc, in Le Corps de la langue. Quidam, 2016.




jeudi 27 septembre 2018

> Le poème du jeudi (#72)




La mère dit : Je n’ai pas compris
Quand ils m’ont dit : Il vient de se marier.
J’ai poussé des youyous, dansé et chanté
Jusqu’au bout de la nuit.
Les veilleurs sont partis me laissant seule
Au milieu des paniers de lilas. J’ai demandé :
Où sont les nouveaux mariés ?
On m’a répondu : Là-haut, deux anges
Achèvent les rites de la noce. J’ai poussé des youyous,
Dansé et chanté jusqu’au bout de mes forces :
Mon amour, quand donc s’achèvera ta lune de miel ?

/

Mahmoud Darwich, in Murale  (Actes Sud, 2003), repris dans Anthologie (1992-2005), Actes Sud, 2009. Traduit de l’arabe (Palestine) par Elias Sarbar.

jeudi 20 septembre 2018

> Le poème du jeudi (#71)




Il y a ce banc
à qui elle confie son sourire
pour qu’à son retour
reste la chaleur de l’inconnue.


Il faudra bien
qu’un réverbère
lui caresse la joue
quand dans ses poches
il n’y aura plus
que du pain rassis.


/


Isabelle Bonat-Luciani, in Quand bien même. Carnets du dessert de lune, 2016.

jeudi 13 septembre 2018

> Le poème du jeudi (#70)



Deux poètes
S'arrachent une couverture
Nuit misérable

/


Yosa Buson, in Hiver. La Délirante, 2001. Traduit du japonais par Kumiko Muraoka et Fouad El-Etr.

jeudi 6 septembre 2018

> Le poème du jeudi (#69)




Les nuages apparaissent à la mémoire d’un jour approximatif, en dehors de savoir et de ne pas savoir c’est-à-dire par le hasard de la passion ainsi. Les nuages apparaissent à la mémoire d’un jour approximatif en dehors de savoir comment et de ne pas savoir pourquoi, en dehors de savoir pourquoi et de ne pas savoir comment, c’est-à-dire hop, calme avalanche de hop, par le hasard de la passion, ainsi.

/

Boris Wolowiec, in Nuages. Le Cadran ligné, 2014.